LES FABULEUSES TOILETTES SÈCHES TRADITIONNELLES DE MOPTI, AU MALI

LES FABULEUSES TOILETTES SÈCHES  TRADITIONNELLES DE MOPTI, AU MALI

Publié le Mercredi 05 octobre 2016 - Histoire

À la fin des années 80, à l’occasion d’un cours que je donnais à l’Université, à Paris, consacré aux techniques rustiques d’assainissement et en particulier aux toilettes sans eau, un étudiant me conseilla d’aller voir les toilettes traditionnelles de Mopti, au Mali.
Quelques mois plus tard, je me rendais sur place et découvrais ce qui reste pour moi parmi les toilettes sèches les plus intelligentes qu’il m’ait été donné de voir. Mopti est une ville très dense, constituée de maisons à 2 niveaux, avec une cour intérieure, maisons abritant généralement de 15 à 20 personnes (le chef de famille, ses femmes et ses enfants).

Les rues, « encaissées » sont ainsi bordées, de chaque côté, par les murs des maisons. Les toilettes sont implantées au 2e niveau dans une pièce donnant sur la rue. La pièce située en-dessous sert de fosse de stockage des seules matières fécales, séparées des urines.
Pour séparer les urines des matières fécales les personnes s’accroupissent « à la Turque » au-dessus du – relativement petit – trou et les matières fécales tombent dans la pièce inférieure tandis que les urines atterrissent sur le sol dans une sorte de petit caniveau qui les dirige vers la façade donnant sur la rue. Cette façade est percée d’un petit orifice de quelques centimètres de diamètre.
Les urines sortent alors dehors et s’écoulent sur la façade de la maison, ce qui leur permet de s’évaporer en partie avant d’arriver au sol. La pièce de stockage des matières fécales est équipée d’une petite ouverture donnant sur la rue, à environ 2 mètres du sol. Lorsque les matières fécales apparaissent au niveau de cette petite ouverture, généralement au bout de 8 à 10 ans, la fosse est pleine et il est temps de faire appel à l’une des entreprises spécialisées de la ville pour la vider.
La rue est alors interdite à la circulation et un trou d’environ 1 m de profondeur est creusé au milieu de la rue. La base du mur, donnant sur la rue, de la pièce de stockage des matières fécales est percée d’un assez gros trou et de l’eau dans laquelle du grésil* a été dissous est versée dans la pièce de stockage, depuis le premier étage (dans le trou des « toilettes à la Turque »).
Les matières fécales, ainsi « liquéfiées » s’écoulent et viennent remplir le trou creusé au milieu de la rue.

Après quelques semaines de séchage, ce trou dans la rue est rebouché, de même que le trou dans la base du mur de la maison et les toilettes sont remises en service (tout comme la circulation dans la rue !). Le procédé aurait été imaginé pour éviter que d’éventuelles latrines, simplement creusées au niveau du sol, ne viennent contaminer les puits, à la saison des pluies par le fleuve Niger en crue. Ainsi, le « péril fécal » et son cortège d’épidémies (choléra…) se trouve très bien maîtrisé.
Le plus étonnant est que, en dépit de l’arrosage répété des murs de la ville par les urines, il n’y ait aucune « odeur d’urines ».
En discutant avec un chercheur, à l’occasion d’un colloque sur l’assainissement, celui-ci m’expliqua que cette absence d’odeur résultait probablement du fait que les murs de la ville étaient construits en terre argileuse. L’argile étant un catalyseur en chimie organique, l’azote est immédiatement oxydé en nitrate (NO3). Or, les nitrates n’ont pas d’odeur contrairement à l’ammoniac (NH3). Quelques années plus tard, ayant appris que les « immeubles tours » du Yémen sont équipés du même principe de toilettes, je parti pour Sanaa. Mais, l’Unesco ayant financé le tout à l’égout, je ne pouvais qu’observer d’anciennes traces des descentes d’urine. Par contre, dans l’Hadramahout, au sud Yémen, ces toilettes existaient encore. Mais, à la différence de Mopti, les matières fécales sèches étaient récupérées pour chauffer les Hammams et non enterrées au milieu des rues.

De ces premières observations, une idée est née :

Recenser et analyser les toilettes traditionnelles, encore en fonctionnement dans le monde, pour en comprendre les principes et, éventuellement, appliquer certains de ces principes à la conception des toilettes du futur. De même que, depuis peu, la gastronomie française fait partie du patrimoine mondiale de l’humanité, il serait dommage de perdre les savoirs faire ancestraux en matières de toilettes